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Articles récents

Un livre de martyrs américains - Joyce Carol Oates

15 Avril 2020 , Rédigé par bergamotte et cardamone

 

Je me demande si mon enthousiasme pour Joyce Carol Oates n’a pas quelque chose d’un tantinet masochiste - franchement, se retrouver dans la tête d’un ultra «pro-life» «soldat de l’Armée de Dieu», assassin d’un médecin pratiquant l’avortement, pour moi, ce n’est pas ce qu’il y a de plus confortable. Mais j’adore cette façon dont Oates sait nous plonger, par-delà nos jugements, en profondeur, dans des intériorités radicalement autres,

faisant s’entrechoquer ou s’entrelacer les visions contrastées et parfois convergentes des membres de ces deux familles américaines, celle du meurtrier et celle de sa victime. Celle du fanatique Luther Dunphy, proche d’organisations chrétiennes d’extrême-droite, contre les aides sociales, contre l’athéisme, l’homosexualité, et surtout bien sûr en guerre contre les «meurtriers avorteurs». Celle du médecin, Gus Voorhees, homme de gauche, humaniste, «champion infatigable» des droits des femmes, «héros féministe» pour les uns, mais pour d’autres «homme profondément malfaisant et amoral», «coupable de massacres de masse à l’égal d’un criminel de guerre nazi ».

Ce qui m’impressionne surtout une fois de plus chez Joyce Carol Oates, c’est cette écriture surpuissante qui s’attaque aussi bien au psychologique qu’au social, au politique, et nous offre une impressionnante peinture de l’Amérique contemporaine avec sa violence, ses clivages, et de l’humanité dans toute sa complexité.

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Vie

8 Avril 2019 , Rédigé par Cardamone Publié dans #Poésie

 

Kano Sanraku

Qu’elle m’étonne qu’elle m’étire me danse doucement 

je longerai ses rives

en trébuchant parfois

je laisserai les ennuis

se faire un toit en moi

la dureté de la vie même 

j’inviterai la lumière 

à passer quelquefois 

un moment de folie

où j’oublierai tout ça

où l’invisible et moi 

on jouera tranquillement 

à l’éblouissement, à la fabrique de l’aube, aux jaillissements des rêves qui réchauffent les âmes

- pas longtemps 

Tout se dispersera

Et moi je m’en irai

Vers où 

Je ne sais pas

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Métamorphose

9 Juillet 2018 , Rédigé par Cardamone Publié dans #Poésie

 

Apprends

la magie des métamorphoses

Deviens

malgré la fatigue du monde

une montagne rêveuse

et son reflet frissonnant 

s’éclatant

dans l’eau

Ou bien 

disamare*

petite graine ailée

légère

oublie-toi

oublie tout

Tourbillonne

tombe

dans un trou de lumière 

Vogue

dans les rires du ciel

Tu verras

la vie

peut être dansante 

tu verras

un monde derrière le monde

 

 

* dont parle si bien Carole

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Tout et son contraire

21 Juin 2018 , Rédigé par Cardamone Publié dans #Poésie

 

 

Je veux du rêve dans le réel

pleurer de rire et de tendresse

Je veux la paix je veux l’ivresse 

Je veux l’amour à tire d’ailes

Et puis aussi que l’on me laisse

avec mes pensées qui s’emmêlent 

 

Oui je veux tout et son contraire 

 

Dans cette étrange fête des fous

qui bat son plein

en nous

la bête immonde l’ange de lumière 

dansent avec le grain de poussière 

Ça crie ça rit

Parfois c’est gai

Parfois ça sent un peu le rance

 

Il y a de tout - et son contraire 

 

Moi je suis pour Oui je le veux

le sauvetage de la planète 

le partage des fruits de la terre

Mais on ne va pas s’engager 

ce serait ringard et pas glamour

de rêver de fraternité 

quand y a The Voice à la télé 

 

On voudrait bien

On ne fait rien 

On voudrait tout

Et on s’en fout

 

Que tout se mêle ô mon amour

Mon étincelle mon étouffoir

et si je t’aime tu dois savoir 

qu’on ne doit jamais dire toujours 

 

Ça va si vite pourquoi le taire

Chuter de tout à son contraire 

 

Y a du soleil et de la pluie

Alors on cherche un arc-en-ciel 

Il y a de la mort dans ma vie 

-y aura-t-il vie dedans ma mort 

y aura-t-il tout et son contraire?

 

 

Pour l’agenda ironique

 
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Le Seigneur des porcheries - Tristan Egolf

2 Juin 2018 , Rédigé par Cardamone Publié dans #Lu

 

Scotchée par ce récit de la vie de John Kaltenbrunner et de la grève sordido-épique du ramassage des ordures, de cette « crise » qui agit comme un révélateur de l'immense saleté, de la folle laideur d'une société nauséabonde.
John est un personnage extraordinaire, seigneur de parias, damné de la terre, dont la «vie tout entière resta par définition un incroyable enchaînement de coups de poisse». Exceptionnellement maladroit et inapte pour les nécessités et exigences de la vie quotidienne, Kaltenbrunner se révèle carrément surdoué quand il se met une idée en tête, quand il se trouve une vocation, et certains le considèrent comme un «pur exemple de royauté en exil» et un «antidote dernier cri contre la folie ordinaire ».
J'ai été impressionnée par le style flamboyant, l'énergie révulsée avec lesquelsTristan Egolf décrit l'abjecte petite ville de Baker et sa population affreuse, sale et méchante, grouillant de « patriotes sectaires qui verraient volontiers tous leurs voisins bien-aimés se balancer au bout d'une cravate en fil de fer, pendus aux réverbères tout au long de la route du boulot. C'est le pays des autocollants "Jésus est parmi nous !" sur les râteliers à fusils ». Il y a quelque chose de cauchemardesque, d'halluciné, dans cette peinture d'une Amérique des profondeurs, une touche d'irréel et d'outrance enchevêtrés au réel et révélateurs de vérités profondes peu reluisantes qui nous éclatent à la figure. 
Ça décoiffe, ça époustoufle, c'est à lire!

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Lumière!

21 Mai 2018 , Rédigé par Cardamone Publié dans #Poésie

Lumière!

Il semble que tout soit cassé 

ou cassable 

parfois

les grands barrages 

si indestructibles

qui retenaient hors de nos vies

oublié

l’infini

s’effondrent et c’est le beau naufrage 

 

On voit 

des flots de lumière invisible 

des liens qu’on ignorait 

la vie de l’impossible

On sent

dans la bouche un goût d’azur

dans l’air la danse 

des mots qui ne figent rien 

qui volent et font la vie moins dure

On jette

ses frêles filets

dans l’océan du rien

du rire 

ébloui des éclats

du mystère englouti

 

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LaRose - Louise Erdrich

13 Mai 2018 , Rédigé par Cardamone Publié dans #Coup de coeur

 

 

 

On retrouve la belle écriture prenante, profonde de Louise Erdrich et cet univers amérindien où les personnages ont « le sentiment d’être les vestiges en lambeaux d’un peuple à l’histoire compliquée » qu’elle sait si bien exprimer.

 

 

À raconter comme ça, le début du roman risque de vous paraître too much - mais c’est si finement écrit que ça marche, que c’est très fort:

Landreaux, visant un cerf, tue le fils de son ami Peter Ravich. Folle sagesse, stupéfiante, démentielle compensation, il offre à Peter son fils, LaRose.

« Il arrive que ce genre d’énergie - le chaos, la malchance - s’échappe dans le monde et ne cesse d’enfanter et d’enfanter encore. La poisse s’arrête rarement après un seul événement. Tous les Indiens le savent. Y mettre fin rapidement exige de grands efforts, ce pourquoi LaRose avait été envoyé. »

Et LaRose n’est pas n’importe qui. J’ai adoré ce personnage merveilleux, d’une tendresse, d’une humanité, d’une sagesse magnifique. LaRose porte le nom des guérisseurs de la famille, il sait combattre les démons, dissiper les humeurs peau de vache, libérer chez ceux qui l’entourent la lumière enfouie sous des tonnes de ténèbres.

Un peu comme Louise Erdrich, qui fait surgir une profonde beauté de tous ses personnages, même les plus sordides, qui les rend très touchants, très attachants. La dureté est transcendée par une grâce, une belle humanité, la magie d’une écriture qui sait créer quelque chose de rayonnant tout en exprimant des réalités rudes et âpres.

La façon dont se mêlent le récit principal, des histoires appartenant au passé, une dimension un peu surnaturelle donne au roman une belle épaisseur narrative et cette force, ce charme, du réalisme magique. Les frontières entre réalité quotidienne et imaginaire s’estompent , « le tissu entre les réalités, les vivants et les morts,» devient poreux et cette porosité réenchante la vie humaine. Envoûtant! 

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Le chant de la joie ordinaire

2 Mai 2018 , Rédigé par Cardamone Publié dans #Poésie

Kupka

 

L’avancée de la nuit 

  Pillent pillent la terre 

Le dos courbé 

  Volent volent leurs frères 

Du plomb dans la chaussure 

La terre se meurt

Rincée et dure

 

Il attendait le vent

Il marchait lentement 

Cherchant dans une trouée 

Le chant

de la joie ordinaire 

 

Un peu de douce ivresse

                                        Bringuebalé      Abîmé 

Ne pas oublier

                         Dans les cahots 

Du ciel la caresse

Des mots qui réveillent    

                                         D’un monde déraillant

 

Secouant la poussière 

Chassant l’amer

Sans se lasser il écoutait 

Le chant de la joie ordinaire 

 

Ce chant qui murmurait 

Le ciel laisse tomber 

Sur la terre de boue

Des rêves 

Au goût doré

Tu peux en attraper 

 

Les nuages s’effilochaient

Il avançait en sifflotant 

Dans la tendresse tout doucement 

Le chant de la joie ordinaire 

 

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La salle de bal, Anna Hope

24 Avril 2018 , Rédigé par Cardamone Publié dans #Lu

 

Un bon roman inspiré d'une réalité historique et sociale effrayante. Un roman sur la folie au début du XXème siècle - fol enthousiasme du ministre de l'intérieur, Winston Churchill, pour les délires de la Société eugénique sur la stérilisation qui permettrait d'endiguer la décadence de la nation, beaucoup plus fou que les pensionnaires de l'asile d'aliénés, parfois enfermés davantage pour non-soumission à l'ordre social que pour désordre mental - la loi de 1913 stipulera ainsi que « toute femme donnant naissance à un enfant illégitime alors même qu'elle bénéficiait d'aides sociales devait être considérée comme faible d'esprit et risquait donc le placement obligatoire dans une institution. »

Le choix d'un roman polyphonique, où alternent les voix d'un médecin et de deux internés, amène petit à petit le lecteur à cette consternante conviction: la santé mentale du médecin est de loin la plus préoccupante.
Le plus inquiétant n’est peut-être pas tant la fragilité psychologique du docteur que sa soumission aux thèses validées par des savants, par Churchill, aux conséquences épouvantables pour les patients. Être plongé dans la tête du Dr Fuller fait naître chez le lecteur un sentiment de malaise: il y a quelque chose de glaçant dans l'auto-satisfaction, la bonne conscience, les cautions scientifiques avec lesquelles le médecin prend des décisions cruelles, violentes, pour ses patients - interdire la lecture à Clem, dont c'est la bouée de sauvetage, car « il a été démontré que la lecture pratiquée avec excès était dangereuse pour l'esprit féminin »; opérer John pour le stériliser, en se persuadant d'oeuvrer pour le bien de l'humanité, puisque la stérilisation est « la seule voie rationnelle » conduisant à un avenir radieux où la pauvreté aurait diminué de moitié.
En contre-point, les narrations de John et Ella apportent au roman d'Anna Hope amour, tendresse et belle humanité. J'ai beaucoup aimé les lettres que John écrit à la jeune femme parce que, travaillant à l'extérieur alors qu'elle reste toujours enfermée, il ne lui semble « pas juste qu'il pût voir ces choses alors qu'elle, et les autres femmes, non.
Ainsi donc il se mit à emmagasiner les images qu'il voyait de façon à avoir quelque chose qu'il déroberait au monde lumineux pour l'introduire discrètement dans les couloirs obscurs. »

Beaucoup de délicatesse et de sensibilité dans ce roman qui m’a fait découvrir une réalité historique dérangeante mais très intéressante.
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Flottements

14 Avril 2018 , Rédigé par Cardamone Publié dans #Poésie

M.C. Escher

M.C. Escher

La mordorure des histoires 

qu’on se raconte qui s’écrasent 

sans cesse contre les portes 

dures du réel

qui se relèvent et qui nous portent 

un peu beaucoup à la folie

puissantes et frêles 

et si jolies

Morsures du quotidien 

qui pèse et broie

les rêves la joie 

légère 

les presque-riens

lumineux

Se laisser flotter se laisser aller

dans l’Autre Monde sans mots

porté par les flots des poussières 

tout se défait et se refait 

se démêle un peu 

l’amour le beau la rage 

avant le remmêlage

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