Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 20:40
Zhang Daqian

Zhang Daqian

Depuis deux jours même la pétillante Iris semblait éteinte, le dos un peu vouté, économe de ses gestes, de ses mots. La même absence d'expression sur leurs deux visages. Ce qu'il y avait de vie vivante en eux avait été aspirée.

Mercredi, comme tous les soirs, Marco avait allumé la télé. Iris avait soupiré. C'était si bête, cette attirance maladive pour le journal télévisé - il allait pester, s'énerver - tant de bêtises, tant de mensonges, de poisons - mais le lendemain de nouveau il serait là fidèle au poste. Et puisqu'elle était avec lui, dans le salon, avec cette télévision allumée, ils regardaient et s'énervaient tous les deux, en chœur. Très vite Iris avait senti que quelque chose était différent ce jour-là. Les petits yeux du présentateur, nauséeux, toxiques, s'étaient posés sur elle, ils la fixaient, la dévisageaient, la déshabillaient. Il avait levé la main et elle avait senti quelque chose sur sa tête, un contact, une intrusion, elle aurait voulu la secouer, elle était pétrifiée, ne pouvait bouger, résister, à l'intérieur, ça cherchait à s'agripper, ça ne trouvait pas de point d'accroche, ça glissait, se renversait, s'entrechoquait, s'échappait, tout ce qui était bon en elle la désertait, ne restait qu'un marécage sinistre et insalubre. Et depuis deux jours ils restaient là, prostrés, passifs, impuissants. Enlisés dans un monde où tout était gris, où rien n'avait d'importance. Ils erraient inconscients de la présence de l'autre à leur côté, dans un espace désolé, labyrinthique, dénué de toute trace d'humanité. Iris gémit doucement. Un sifflement lui répondit, gentiment moqueur, comme perçant un tout petit trou dans la toile épaisse de sa léthargie. Juste assez pour qu'elle tourne la tête vers Marco, pour qu'effrayée par sa pâleur elle lui prenne la main en murmurant ça va? Non, évidemment, ça n'allait pas, mais ce contact, c'était déjà ça. S'ils devaient se laisser ensevelir dans ce linceul de désolation, qu'au moins ce soit en se sentant aimés. Elle crut entendre de nouveau l'oiseau moqueur chanter. Ce n'était rien qu'une illusion bien sûr, rien de réel, mais c'était étrangement beau et vivant, beau à en donner envie de pleurer, et quelque chose se déverrouilla en elle, et elle mit ses bras autour du cou de Marco, elle mit tout ce qui lui revenait d'énergie dans cette étreinte douce et désespérée, dans l'urgence d'aimer avant d'avoir entièrement sombrée dans cet engloutissement, portée par le rythme des notes flûtées, de plus en plus sonores, de ce merle qui chantait en elle. En s'allongeant contre Marco, le bras sur son torse, elle l'entendait encore siffler: "N'aie pas peur. Vous n'êtes pas morts. Pas vraiment. La vie est à portée de main. Vous n'êtes pas seuls. Vous pouvez relever la tête." Très doucement elle prit la main de Marco, ils se levèrent et se mirent à danser, une danse d'eau, de cascade et de feu, une danse ruisselante et étrange, enivrante. L'odeur âcre de vase s'estompa. Quelque part en elle, elle sentit une porte s'entrouvrir. Elle sourit en la poussant.

Repost 0
Published by Cardamone - dans Contes et histoires
commenter cet article
26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 14:08
Donner

Et donner tout, à en perdre connaissance,

Puis me laisser flotter, coquille vide, en absence,

Éteinte, et sans amarre à la réalité,

Vaincue, déshabillée par vos voracités.

Et donner tout pour ne plus rien avoir,

Rien que la certitude de ne plus rien devoir,

Laisser filer la vie bien, bien, loin dans le vent,

Et puis rentrer à pas très lents.

Bergamotte

Repost 0
Published by bergamotte et cardamone
commenter cet article
22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 15:27
Nakajima Tsuzen
Nakajima Tsuzen

D'accord

Tapis-toi dans un rêve

le temps que ça passe

ton angoisse

mais au matin trouble

ouvre l’œil tends les bras

répare le ciel

un peu

avant qu'il ne tombe

Ta promenade secrète

grande ouverte

sur les crépitements

d'un monde autrement

tu vois

l'homme-chenille se transformer

une poésie qui naît

tricotée dans les fils

de laideur

aveuglante du monde hostile

de l'odeur

caressante du monde subtil

Repost 0
Published by Cardamone - dans Poésie
commenter cet article
14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 21:41
Myriam en son miroir

Quand elle se regardait dans son miroir Myriam ne voyait qu'une forme floue. Et ce n'était jamais la même. Impossible de savoir à quoi elle ressemblait.

Elle entendit un jour parler du miroir magique d'une Reine d'un lointain pays. Il vous disait tout, si vous étiez la plus belle, la plus laide, la plus blonde ou la plus grasse. Il vous permettait d'être parfaitement vous-même.

Myriam se mit en route et sur la route chercha partout qui elle était - à l'intérieur, à l'extérieur, dans les fontaines et les étoiles. La route était longue, Myriam y laissait sa trace, la route laissait en elle la sienne. Elle chevauchait toujours mais ne pouvait jamais saisir qui elle était.

Au bout de la route, elle trouva le pays lointain de la Reine au miroir magique. Elle descendit de son cheval devant le Palais et s'approcha du garde. Ses yeux étaient si grands, si clairs qu'ils semblaient pouvoir refléter toute la beauté du monde. Ses yeux disaient

Tu es la mer et le vent, la fleur et le ciel.Tu es le soupir et le rire. La terre et le mystère. Je t'aime

Myriam oublia le miroir et son désir de s'y trouver. Elle prit la main du garde et oublia le reste.

 

Et ils vécurent heureux, dit-on, sans jamais ou presque se lasser désormais de cette forme floue et mouvante du miroir de Myriam.

Repost 0
Published by Cardamone
commenter cet article
25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 09:15
La route des coquelicots.
La route des coquelicots.

Il y a bien longtemps je vous avais fait l'éloge d'un ouvrage de Françis Dannemark.J'avais alors aimé la tendresse, la douceur et l'élan de vie qui émanaient de ses personnages.A tel point que j'avais voulu partager cela avec le plus grand nombre. Voici que ce magicien recommence, là, il mêle son écriture à celle d'une autre personne Véronique Biefnot...Ah! ces deux là s'y entendent pour tracer une route de lecture qui fait battre le cœur! On n'est pas très rassuré de suivre leurs personnages, ça avance certes, mais aux pas incertains de vieilles dames, ou en rasant les murs comme une jeune femme sans papiers qui ne veut surtout pas attirer l'attention sur elle, de peur de dévoiler son identité. Il y a des projets fous, oui!!!Mais, aussi folles que peuvent l'être les choses que l'on est prêt à faire pour un peu de bonheur : mentir, se cacher, laisser derrière soit tout ce qu'on a de plus précieux, taire une partie de son existence, de son être pour gagner en normalité, et rêver malgré tout aussi...Alors en lisant ce livre j'ai parfois eu envie de mettre mes mains devant mes yeux, ou de lever ces derniers au ciel en disant "Oh! non!!!pas ça". Mais parfois j'ai eu aussi sincèrement mal, de réaliser qu'au travers de fictions, se nouaient et se dénouaient invariablement dans notre vie et en dépit des leçons du temps, les mêmes histoires, les mêmes peurs, les mêmes erreurs qui bouleversent les destinées des hommes depuis la nuit des temps. La route des coquelicots n'a rien d'une gentille histoire, on s'en rend compte après, lorsque l'on referme le livre, et qu'une furieuse envie de le relire nous prend. L'équipée de ces fragilités a des racines dans nos réalités quotidiennes. Les personnages y vivent des choses "pas bidon" et marchent, bon an mal an, vers une paix à laquelle nous aspirons tous. J'ai aimé l'humanité disposée avec soin dans chaque chemin. J'ai aimé le fait que de bonnes intentions ici, ne pavent pas irrémédiablement, une route vers l'enfer, mais plutôt vers un cadre de vie où même si se heurtent et s'égratignent les différences, l'amour a sa place! Car enfin,ne vous est-il jamais arrivé de regarder le visage d'une personne âgée et d'y saisir un instant la lumière d'un autrefois endormi? N'avez-vous jamais pensé d'une personne qu'elle était rebutante au possible et que vous n'aviez décidément rien en commun, et puis un jour de découvrir que votre jugement était faux, et que tout vous rapprochait de cette personne? N'avez vous pas admiré avec passion un objet et puis un jour en reculant d'un pas considéré soudain que cela n'en valait vraiment pas la peine sous cette lumière? Parfois, ne vous dîtes vous pas, "jamais je ne ferai, ni ne laisserai faire cela" tandis qu'à votre côté tout se rejoue sans que vous interveniez?Si vous n'avez jamais expérimenté tout cela, prenez la route des coquelicots, et vivez le. Mais si vous avez été confrontés à cela, marchez tout de même encore un peu sur cette route, ne serait-ce que pour vous souvenir que rien n'ai jamais perdu lorsque les peurs sont surmontées, les frontières de l'ignorance passées, et qu'en chacun de nous brûle une veilleuse de générosité qui peut allumer des incendies de bonheur!

Merci à ces deux auteurs de m'avoir donner envie de partager à nouveau : c'était devenu trop difficile!

Bien à vous et heureuse de revenir!

Bergamotte

Repost 0
Published by bergamotte et cardamone
commenter cet article
15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 20:02
Peter doig

Peter doig

Je glisse

éblouie égarée

par les reflets de joie et les éclats de haine

par la folie qui passe

me mêle à l'incendie

à l'invisible guerre

puis file

sur une tendresse

où j'ai surpris la vie

dérive

vers où

vers vous

vers moi

ou toi

j'oublie

je ris

portée par la rivière

Repost 0
Published by Cardamone - dans Poésie
commenter cet article
1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 17:04
Jerry Uelsmann
Jerry Uelsmann

Chambre sans vue ni rêve

des mots se traînent secs cherchent une oasis un mirage peut-être la lumière d'une langue

azurée

cherchent fouinent ici au-delà ailleurs à se lover dans un silence dense exubérant à exploser

ils se traînent et criaillent

mais cherchent encore

dans les grincements du temps qui tiédit

la merveille d'un amour océan

Repost 0
Published by Cardamone - dans Poésie
commenter cet article
24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 21:45

http://www.museereattu.arles.fr/assets/img/_collections/actu/acquisition/2012/ascolini_judo_01.jpg

Vasco Ascolini

 

 

Ca tourne ça balance ça gesticule

au bal de mes ombres

mendiants de rêves d'eau jaillissant

dans la morosité du moi

ça tangue ça cahote

ça grince

mais cahin caha ça y va

comme une mélodie qui s'insinue

se glisse en toi et monte aux lèvres

ça sourit dans le noir

ça hausse les épaules

on y va

 

 

Repost 0
Published by Cardamone - dans Poésie
commenter cet article
18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 20:53

http://www.designcurial.com/Uploads/NewsArticle/4183403/main3836.jpg

Fritz Kahn

 

 

Quand je ne m'entends plus

avec moi

quand mes rêves

deviennent une eau croupie

je prends le large

je saute à l'intérieur

du premier imbécile

qui passe

à l'intérieur

il est plus chaud

moins bête

je m'installe

le temps qu'il faut

pour me refaire une santé

 

Repost 0
Published by Cardamone - dans Rêverie
commenter cet article
14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 21:58

Charlie-je-vois.jpg

Repost 0
Published by Cardamone - dans Humour
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Bergamotte et Cardamone
  • Le blog de Bergamotte et Cardamone
  • : Ecriture Poésie Histoires
  • Contact

Recherche