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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 14:13

 

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Le réveil avait sonné clair et fort. Que déjà elle se sentait faible et fatigué. Sa tête retombait sur l’oreiller d’où émanait la douce chaleur de sa nuit. Ses paupières restaient obstinément fermées et insensibles aux influx nerveux que tentait de lui transmettre son cerveau. Je viens à peine de me coucher, ce fichu réveil délire…se dit-elle en faisant remonter son drap blanc sur son épaule, et en se tournant vers le sommeil. Ce dernier lui ouvrit grand les bras et l’enlaça derechef… Le réveil sonna haut, clair et fort pour la quatrième fois, ses paupières se déchirèrent sur ses yeux larmoyants…il fallait se lever.

 

 L’eau coula agressive de fraîcheur et de vivacité sur ses épaules et ruissela  en couronne autour de son front appuyé contre le carrelage de la douche. Elle s’en extirpa mollement en sentant l’odeur du café s’insinuer dans la salle de bain. Elle but sans conviction le breuvage noir  et serré qui devait lui donner l’impulsion pour se jeter dans sa journée. Elle fixait sans le voir le calendrier défraîchi et en retard d’un mois, punaisé en face d’elle. Elle détrempa sa biscotte qui en sortant de sa tasse s’effondra aussitôt, en un éboulis pâteux. Dépitée et contrariée, elle laissa là ce simulacre de petit déjeuner, attrapa ses sacs et claqua la porte plus fort que pouvait le supporter sa tête embrumée.

 

Dehors, le monde s’agitait…pour qui, pour quoi, lui seul semblait le savoir. En tous cas elle se sentait toujours aussi étrangère à cette vie ce matin…Elle se mit cependant en route, bousculée, repoussée, agacée, happée…posée sur un coin de banquette de tram, délavée, avec pour parfum d’ambiance celui fort mélangé qui caractérise les masses humaines au petit matin. Parfum synthétique qui veut sentir très bon et qui prend le cœur et la gorge plus qu’il n’ honore ceux qui le portent, et ceux qui le sentent. Une petite demi-heure de ce traitement et elle débouchait sur l’esplanade en face de son travail.

 

Saluer tout le monde et répondre que oui ça allait et penser en soit même, non, j’ai encore envie de dormir…Mais n’en rien laisser paraître et étendre un large sourire sur son visage un peu froissé. Aller se réfugier derrière les panneaux salvateurs qui l’isolaient un tant soit peu de ses collègues si épanouis qu’ils en semblaient suspects. Qu’est-ce qu’il s’injectaient pour être si…vifs ?Elle quitta à regrets son blouson, et l’accrocha sans conviction au coin d’une des cloisons de fortune. Sa hanche frôla une pile de dossiers et cette caresse suffit à faire glisser en cascade, pèle mêle  sur la vieille moquette orange, tous les rapports dont dépendait la marche de l’univers et dont l’analyse lui incombait…Elle passa la matinée à tout reclasser…Sa nuque était douloureuse, et les tasses de café noir se succédaient à un rythme régulier aux abords de ses lèvres. La tête dans les mains, elle entreprit ensuite de se concentrer sur le contenu des dossiers. A l’abri de ses doigts, elle ferma quelques secondes ses yeux…puis sursauta lorsqu’une liasse de courrier atterrit dans un claquement sec, sur le haut de son ordinateur. Elle avait semble-t-il légèrement sombré. Le rire de pouliche de sa voisine de bureau la fit frissonner…Oh ! vivement ce soir…l’heure de dormir…le silence douillet de sa chambre, et la lumière douce de sa lampe de chevet…Plus ces néons implacables qui vous rincent de leur faisceaux verdâtres…plus ces talons qui claquent, ces rires qui explosent on ne sait ni pour qui, ni pourquoi…plus ces sonneries infernales de téléphones qui désespèrent qu’on les achève en décrochant le combiné…Juste elle et le silence.

 

Elle renonça à la pause déjeuner, elle avait l’estomac noué par la caféine, et ne se sentait pas la force de s’immerger dans l’océan des bavardages multiples et croisés…Rester assise et attendre que ça passe. Elle s’étira autant qu’elle put, puis fit rouler ses épaules crispées…Elle renversa sa tête lourde sur le dossier de sa chaise, en se tassant sur elle même. Elle s’accorda une petite pause de rien du tout, qui dura plus que prévu puisque le bruit d’une conversation la tira de sa somnolence. Il était déjà temps de s’y remettre. L’après-midi s’allongea comme un élastique au dessus du vide et elle y évolua tel un funambule épuisé qui craint la chute. Chaque geste lui coûtait, et l’éveil la cuisait comme une volaille sèche…Ses os lui rappelaient qu’elle était faible chair. Taper sur son clavier était une torture, les lettres dansaient devant ses yeux douloureux.

 

Et puis ce fut l’heure qu’elle appelait de tous ses vœux. Enfiler son blouson, saluer brièvement et courir sous la pluie jusqu’à l’arrêt du tram. Monter, se tasser, respirer par petites goulées mesurées, pour ne pas étouffer dans l’atmosphère sale et moite des mille manteaux mouillés de pluie et de pollution. Renaître au prochain arrêt. Et de nouveau prendre son temps. Tant pis pour la pluie, se laisser déplier par le frais vent du soir sur le petit bout de chemin du retour. Un petit tour par la boulangerie, grignoter un morceau de quiche pour en finir avec les cérémonies du quotidien. Et puis introduire le cœur battant la clef dans la serrure. Une chaussure, plus loin l’autre, et là son blouson, et gisant sur une chaise le reste de ses affaires…Ce furent les retrouvailles enfiévrées avec sa couche en désordre. Puis, une fois au creux de son nid de draps, enlaçant, langoureuse, un oreiller moelleux, elle soupira longuement d’aise…Tout en elle se relâchait…Et dormir…

 

Mais…Oh ! ça ne marchait pas !…ses yeux s’écarquillèrent d’effarement, et la pensée s’imposa  à elle, tandis qu’un millier d’autres envahissaient son esprit : elle n’avait plus sommeil.  

 

 

 

 

 

Bergamotte (la marmotte)

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Published by bergamotte et cardamone - dans Humour
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commentaires

Labaronne 20/05/2013 16:56


et bien me revoilà, le site de la bibliothèque consulté pas de Marie Billetdoux ni Joan Sfar et l'éternel, donc commandés chez Amazon, d'occasion mais peu importe, toutes les pages sont imprimées
!!

bergamotte 22/05/2013 10:28



Ouh! lalalalalala! ça me fait peur...et si tu n'aimais pas, et si tu trouvais ça abjecte, et moi complètement à côté de la plaque...j'ai peur...j'ai la trouille...pourvu que tu aimes!



Labaronne 19/05/2013 17:34


ça sent le vécu !!! j'ai beaucoup aimé le rythme, ça rappelle certains jours où le boulot s'est déroulé dans le brouillard total et le soir.....renaissance, c'est terriblement insupportable !

bergamotte 22/05/2013 10:34



c'est même presque du direct live...sauf qu'au moment où je réalise que je n'ai pas sommeil, j'ai ordre de gober des petites pillules pour sombrer...après j'ai un mal fou à tout faire dans la
journée par contre!!!! c'est insupportable!



Yosha 17/05/2013 21:18


En bonne marmotte, j'ai adoré ce texte ! Tous les petits détails réalistes sont décrits avec finesse et poésie, il s'en dégage même une sorte de suspense ! La chute est parfaite ;-) Bon we !

bergamotte 22/05/2013 10:44



Oh! lalalala...je touche plus le sol moi avec tous ces compliments... je voulais juste...vous faire rêver!!!! Merci je vais me verser un litre d'eau froide sur la tête histoire de recouvrer une
couleur normale...et de me réveiller également!



Esclarmonde 17/05/2013 16:36


Je me souviens bien d'une journée de travail qui avait suivi une nuit blanche, tu décris bien cette fatigue terrible mais je me souviens bien que le soir, le sommeil je l'avais trouvé très
facilement par contre  ! Bisous et belle soirée

bergamotte 17/05/2013 19:19



Oui mais là...c'est de la fiction c'est pour ça que même fatiguée...elle dort pas...de toutes façons je ne souhaite à personne d'avoir ce genre de nuits! Bisous et bon gros dodo à toi!



louv' 17/05/2013 08:31


Le bonheur de se retrouver dans les bras de Morphée est-il si exaltant qu'il empêche de dormir ? ...peut-être...j'aimerais bien savoir...


Bonne journée, bizz


 

bergamotte 17/05/2013 15:32



en fait oui...c'est exaltant! mais à l'heure où décroît la lumière rien n'est plus pareil!!!Bizzzzzzzzzzzzz! 



flipperine 16/05/2013 16:54


il y a des jours comme cela où on a envie de dormir et quand vient l'heure de vraiment dormir le sommeil ne vient plus

bergamotte 16/05/2013 21:48



Quand la fiction rejoint la réalité flipperine quelle mise en abîmes n'est-ce pas? Merci de ton commentaire!



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