Une photo quelques mots - Pourquoi était-il revenu?
Pourquoi était-il revenu? Plus rien de la magie des souvenirs. Du toc. Il se prenait en pitié dans la foule de touristes aux découvertes bien listées déjà avant leur départ - faire une croix devant chaque chose à faire une fois faite - ou une photo - déjà tendus vers les tristes blablas qu'une fois rentrés ils débiteraient à leurs proches écoutant poliment avec un peu d'ennui. Ou était-ce lui qui devenait aigri, furieux d'avoir gâché sa vie, de n'avoir su saisir le cadeau que Venise lui avait offert?... cette semaine inespérée... Il avait voulu la garder pure, ne pas entacher cette relation parfaite des salissures du quotidien. Comme un bijou précieux qu'on garde dans un coffre-fort. De peur de voir le rêve virer au cauchemar. Ou bien en stupide égoïste incapable de comprendre la joie d'aimer. Il n'avait rien voulu sacrifier, ne pas compliquer sa petite vie étriquée dans des ambitions bornées.
Et pourtant jamais le monde ne lui avait semblé plus vaste, plus lumineux qu'en cette semaine passée avec Gabriella. Sa voix chantante de celles qui ne désespèrent jamais, des résistantes qui restent vivantes vibrantes même si tous autour d'elles se transforment en robots, sa voix frémissant de beautés qu'elle seule savait voir s'était ancrée en lui, n'avait cessé d'y résonner comme une raison de vivre, comme la preuve que la vie pouvait valoir la peine d'être vécue. Une fée qui avait métamorphosé Venise pour lui en jardin d'Eden comme elle magnifiait tout ce qu'elle peignait. On se disait en contemplant ses tableaux comme le monde pourrait être beau il suffirait de pas grand chose. Bien sûr, il avait suivi sa carrière, toujours admiratif, l'évitant soigneusement lorsqu'il était invité à un vernissage où elle risquait de se trouver, mourant pourtant d'envie de la revoir... Trop peur d'être déçu, ou plutôt mortifié par la gêne qu'ils éprouveraient sans doute - descente des sommets où elle l'avait élevé. Et en même temps rien n'aurait pu lui paraître plus désirable au monde que de l'entendre de nouveau, la serrer dans ses bras, sentir encore l'odeur de ses cheveux...
Une voix le tira de ses rêveries mélancoliques: "Pierre!" Cette voix...
Pour l'atelier d'écriture de Leiloona